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Hyperacousie et adaptation dynamique

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Hyperacousie et adaptation dynamique

Certains sons vous paraissent trop forts, ou vous tapent sur le système ? Vous souffrez peut-être de ce qu'on appelle une hyperacousie, ou plus simplement une hyper sensibilité à certains sons. Dans cet article, Julien Frère vous propose d'explorer cette pathologie peu connue pour laquelle la médecine reste impuissante. Et pour cause, nous avons affaire ici à un trouble neuro-émotionnel particulier.


Qu'est-ce que l'hyperacousie ?

Comme son nom ne l'indique pas, l'hyperacousie est une forme d'hypersensibilité aux sons, et non le fait d'entendre trop fort certains sons.

En fait, les sons sont perçus comme agaçants, irritants, insupportables, voire carrément douloureux.

Dans la plupart des cas, l'hyperacousie n'est pas une maladie, c'est tout d'abord un syndrome. Des signes cliniques sont présents, mais leur cause est multi factorielle ou le plus souvent inconnue. Il n'y a donc rien que le médecin ou l'ORL puisse traiter ou soigner directement, car l'hyperacousie fait partie des troubles psycho-sensoriels.

Il y a donc un dysfonctionnement dans les zones du cerveau en charge du traitement sensoriel, moteur, émotionnel et intégratif des sons. Sur le plan médical, tout fonctionne normalement, dans le sens qu'il n'y a aucune pathologie visible. Pour faire une analogie, on serait en présence d'un moteur de voiture qui aurait des ratés. Mais ce n'est pas le moteur qui est en cause, ni la voiture, mais le conducteur qui appuie de manière intempestive sur le frein et l'accélérateur.

Un réflexe stapédien hyper actif

À la base, le réflexe stapédien se déclenche pour protéger l'oreille interne d'un bruit trop fort (+70 décibels), qui pourrait endommager les cellules cillées. Il est en général efficace, sauf en cas de bruit fort et soudain, comme un coup de revolver.

Il n'est pas efficace non plus lorsque l'oreille est soumise à des sons issus de la compression de la gamme dynamique. Dans ce cas, il n'y aura pas un seul traumatisme sonore, mais une multitude de petits traumatismes dont les effets seront cumulatifs. Voir à ce sujet la passionnante intervention du Pr Paul Avan de l'INSERM dans la vidéo ci-dessous.

La compression de la gamme dynamique est appliquée par la plupart des systèmes audio numérique modernes, comme les smartphones, les tablettes, les casques. Son but est de lisser le volume en réduisant l'écart entre les sons les plus forts et les plus faibles. Ce processus atténue les pics sonores, tout en amplifiant les sons plus faibles, ce qui donne l'impression d'un son globalement plus constant.

En lissant les variations de volume, la compression réduit les contrastes entre les sons forts et faibles. Or, ces contrastes permettent à l'oreille de se protéger naturellement en s'ajustant aux bruits plus intenses via les réflexes protecteurs de l'oreille moyenne, comme le réflexe stapédien. Avec une compression, ces repères sont altérés, et les oreilles ne peuvent plus se préparer adéquatement aux pressions sonores plus intenses concentrées dans certaines bandes de fréquences, même si le volume global semble faible.

Lorsque l'on a eu un traumatisme sonore, c'est le chat échaudé craint l'eau froide. Les cellules cillées ayant été abîmée, le réflexe stapédien va se déclencher trop souvent, et de façon trop brutale. Paradoxalement, en voulant trop protéger l'oreille, il va perdre son efficacité. En se déclenchant trop tôt, trop tard, trop fort.

De plus, la répétition des traumatismes endommage petit à petit les circuits neuronaux du cerveau qui commandent ces réflexes de défense de l'oreille.

Le risque de vivre un nouveau traumatisme sonore est donc plus grand chez les personnes ayant de l'hyperacousie, car les mécanismes de défense ne fonctionnent plus aussi bien.

Comment faire l'expérience du réflexe stapédien ?

Pour comprendre ce qu'est le réflexe stapédien, il suffit d'avoir un marteau et une tierce personne pour l'actionner.

  1. Vous demandez à un tiers de frapper une surface ou un clou avec le marteau
  2. Vous allez constater qu'à chaque coup, vous tendez les muscles de votre front, paupières et mâchoire. Cela est normal, et cette contraction accompagne celle du muscle de l'étrier.
  3. Vous remarquerez que si vous actionnez le marteau vous-même, le réflexe se produit mais de façon beaucoup moins prononcée. En effet, votre cerveau est capable de prédire plus précisément le moment de l'impact. De ce fait, le réflexe est mieux coordonné, plus précis et n'a pas besoin d'être aussi fort pour un niveau de protection similaire.
  4. Vous remarquerez que si la personne fait le geste de frapper la surface ou le clou, mais sans le toucher, le réflexe se déclenche quand même. Il y a donc une vigilance qui s'installe.

Avec ce petit exercice, on peut aisément comprendre pourquoi on peut avoir chez les personnes hyperacousiques, des tensions persistantes dans la mâchoire et le cou. J'ai pu observer deux fois un traumatisme sonore quelques heures après sa survenance chez des personnes souffrant d'hyperacousie sévère. Celui-ci avait déclenché une sorte d'hématome avec gonflement dans la zone de la mâchoire et du cou, avec activation de la chaîne ganglionnaire du côté où le son avait été perçu.

C'est sans doute pareil avec le muscle de l'étrier, sauf que ce n'est pas directement perceptible ni visible.

Causes psychiques probables de l'hyperacousie

L'acousie étant une capacité à s'adapter à son environnement sonore, à la fois sur le plan acoustique et sur le plan émotionnel. On peut supposer que l'hyperacousie est une perte de cette capacité d'adaptation.

En cas de traumatisme sonore, le réflexe stapédien s'est enclenché, mais n'a pas suffi à protéger l'oreille interne, qui se retrouve endommagée. S'ensuivent des acouphènes, une sensibilité temporaire aux sons, puis un retour à la normale après quelques semaines, voire mois. Mais chez certaines personnes, le retour à la normale ne se fait pas. C'est le souvent le cas des hyperacousies sévères.

Dans ce cas, il peut être intéressant de voir s'il n'y a pas aussi une composante émotionnelle qui entre en jeu.

Si on connaît bien le réflexe stapédien, qui est une action de blocage du muscle de l'étrier (le stapédien) dont le but et de protéger l'oreille interne de sons trop forts, on connaît moins son action de régulation émotionnelle.

Tout comme il peut bloquer la transmission du son, il peut la favoriser.

Ce muscle joue un rôle central dans le désir d'écouter et de communiquer. Lorsqu'on s'intéresse au discours de notre interlocuteur, on va en quelque sorte "tendre l'oreille". C'est-à-dire que le muscle de l'étrier va se tendre, de manière a favoriser la perception  fréquentielle de la voix, tout en régulant favorablement la pression des liquides de l'oreille interne.

Cependant, ce mécanisme sous-tend un apprentissage qui a débuté dans le ventre de la mère. C'est l'apprentissage de l'écoute et du langage.

On le sait, l'oreille commence à percevoir clairement les sons entre la 24e et la 25e semaine de grossesse. Les battements de cœur, mais aussi la voix de la mère. C'est cette voix qui, une fois l'enfant venu au monde, va le rassurer, le réconforter. Elle joue un rôle central dans l'attachement entre la mère et l'enfant.

Si la relation mère-enfant est bonne, on dira que son attachement est sécure. Si par contre, l'enfant vit des traumatismes lié à l'attachement, on dira qu'il est insécure.

Quels sont les situations qui abîment l'attachement ?

Pour le mammifère que nous sommes, l'attachement est la représentation d'un élément essentiel à la survie de l'espèce. Le bébé, et plus tard l'enfant ne peut survivre sans ses parents, particulièrement la mère.

Les situations qui créent un attachement insécure sont en général celles qui envoient le message au bébé que sa mère n'est pas proche de lui, et qu'il serait donc en danger de mort. Par exemple, si on laisse pleurer un bébé jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce qu'il s'endorme. Pour qu'il "apprenne à dormir seul".

Un bébé qui pleure appelle sa mère, c'est la manifestation d'une activation du système d'attachement. Pleurer consomme beaucoup de ressources, le bébé ne peut pas pleurer indéfiniment sans se mettre en danger de mourir d'épuisement. Donc entre le danger de mourir d'épuisement et celui d'être abandonné, le choix, qui n'en est pas un, est d'éteindre le système d'attachement. Le cerveau du bébé décide qu'il vaut mieux être abandonné que de mourir d'épuisement. Ce qui laisse une chance de survie. Sait on jamais, la maman pourrait revenir.

Ce qui est le cas, puisque le lendemain matin, la mère va revenir dans la chambre de son enfant en se disant qu'il a fini par se calmer, qu'il a arrêté de pleurer et qu'il a bien dormi.

La répétition de cette situation va finir par programmer le bébé qui n'appellera plus sa mère le soir avant de dormir. On dira que le bébé "fait ses nuits". Mais surtout, ce qui s'est passé, c'est que le bébé a renoncé. Il ne peut plus compter sur sa mère, son attachement est devenu insécure.

Il y a bien évidemment plein d'autres situations qui peuvent activer le système d'attachement. Par exemple, une mère stressée ne peut pas répondre correctement au besoin d'attachement de l'enfant. On dit qu'elle est indisponible émotionnellement. On le voit bien lorsqu'une mère répond au téléphone, aussitôt son enfant se met à chercher son attention et à la "déranger".

Les conséquences d'un attachement insécure à l'âge adulte

Plus tard, à l'âge adulte, cela favorisera une personnalité co/indépendante, qui fera en sorte de ne pas compter sur les autres. Le message est : surtout ne pas dépendre des autres, car on pourrait être abandonné. En miroir, cela donne : ne pas être un poids, ne pas être une charge pour les autres. Difficile de faire confiance, de se laisser aller. C'est une personnalité qui est souvent sujette à l'anxiété et qui peut faire face à des périodes de démotivation, de dépression. À quoi bon se battre ? Si au final, on ne tient pas compte de ma détresse. L'attachement insécure, avec sa tonalité d'abandon, fait que la personne adulte a un fort besoin d'être reconnue. Reconnue dans ses souffrances, valorisée dans le fait qu'elle a de l'importance dans les yeux de l'autre.

Attachement insécure et hyperacousie

Revenons à notre hyperacousie. Quel lien avec l'attachement insécure ?

Tendre l'oreille, écouter l'autre, écouter la voix de sa mère, entendre la voix de sa mère. Cela implique une relation de confiance. Tout l'inverse d'un attachement insécure, dans lequel la relation de confiance avec la mère en particulier, et l'autre en général, a été brisée.

Le muscle de l'étrier va donc se raidir, il va perdre de sa souplesse. Tout comme le psychisme de la personne ayant un attachement insécure. Rigidité face aux changements, besoin de contrôle, de beaucoup de contrôle.

Dans la relation à l'autre, la tendance sera de "fermer son oreille". Le muscle de l'étrier fera en sorte de diminuer la perception fréquentielle de la voix, afin de se protéger. Donc être en lien, à l'écoute de l'autre est difficile. Cela crée une tension : sensorielle avec l'étrier et psychique, il faut faire un effort, paraître, subir et ne rien dire.

Une hyperacousie, qui fait en général suite à un trauma sonore, peut être aussi, sur le plan psychique, une somatisation extrême et auditive de cet état d'attachement insécure.

Un cercle vicieux

À partir de là, c'est un cercle vicieux. En effet, l'hypersensibilité aux sons va faire écho à ce trauma d'attachement. Les sons, perçus comme trop forts, sont souvent le fait d'une personne. Une personne parle trop fort, l'autre fait vrombir son moteur, une autre éternue juste derrière vous, etc. 

Le psychisme va donc revivre ce qu'il a déjà ressenti par le passé : les autres ne font pas attention à moi, ils ne perçoivent pas ma souffrance, et je suis seul, sans personne pour me réconforter. Personne ne peut rien faire pour moi, et je n'arrive pas à m'en sortir en contrôlant la situation, comme je l'ai toujours fait. En effet, impossible de contrôler son environnement sonore.

De plus, il n'y a rien de pire qu'une maladie invisible car elle réveille la presque totalité du ressenti lié au traumatisme d'attachement.

Agir de manière méthodique

Pour traiter une hyperacousie, il faut en aborder les 4 aspects. Sensoriel, moteur, émotionnel et intégratif.

Sur le plan sensoriel, une approche en photothérapie LLLT me semble la plus prometteuse. En effet, sous l'effet de la lumière rouge / infrarouge, les cellules auditives et nerveuses peuvent partiellement se régénérer. Il s'agira de cibler les zones concernées : cochlée, nerf auditif, et l'ensemble du tronc cérébral.

Sur le plan moteur, une technique de désensibilisation serait efficace. Par exemple au moyen d'un bruiteur, on peut réhabituer progressivement l'oreille à certains sons. Ou alors, pour toucher directement le tronc cérébral, nous pouvons utiliser l'électrostimulation du nerf vague.

Sur le plan émotionnel, un accompagnement en psychothérapie me semble nécessaire. Sans forcément aller jusqu'aux traumatismes d'attachement, mais déjà de partager son vécu d'hyperacousique peut soulager. Le protocole Safe and Sound me semble tout à fait pertinent pour libérer en profondeur les traumatismes d'attachement, car il a été conçu pour cela.

Sur le plan intégratif, une rééducation au moyen de l'appareil Giger MD me semble adéquate. Cet appareil de physiothérapie permet d'améliorer l'intégration sensorielle en quelques séances déjà.

Enfin, comme mentionné plus haut, l'hyper acousie s'accompagne souvent de tensions dans la mâchoire, la trompe d'Eustache et la nuque. Dans ce cas, un traitement de physiothérapie maxillo-faciale combiné à de la photothérapie serait tout à fait approprié.

 

 

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